En Patagonie, et en particulier, a El Chalten, declaree capitale nationale du trekking argentin, il est une qualite essentielle, une imagination exuberante.
Car si vous traversez la moitie de la Patagonie, comme moi, pour contempler la beaute legendaire des cimes enneigees du Fitz Roy et du Cerro Torre, la seule et unique possibilite de vous en assurer, sera de faire jouer votre imagination et d'imaginer a travers les nuages gris et les trombes d'eau, les pics asseres des deux sommets, qui, par ailleurs, figurent parmi les plus difficiles ascensions en raison, comme vous l'aurez devine, des conditions climatiques dramatiques qui sevissent dans la region.

Trois jours donc de pluie et de vent a rendre fou, deux jours a siroter des cholocats chauds dans les confiteria, a faire du leche vitrine - magasins de montagne exclusivement - et les agences de trekking dans l'attente d'un miracle meteo, et la reponse a l'une des mes interrogations s'est imposee comme une evidence : si la photo du Fitz Roy et du Cerro Torre est blacardee sur les murs de la moindre boulangerie, agence de voyage et de tous les restaurants du village, c'est pour que vous ne soyez pas totalement frutres si vous n'avez pas eu la chance de les admirer dans un beau ciel bleu.
Voila aussi pourquoi les indiens du coin, les Tehuelches, baptiserent le Fitz Roy, la 'montagne qui fume", le massif etant la plupart du temps cache par derriere des nuages. Pour la petite histoire, ce n'est que bien plus tard que le grand explorateur et naturaliste argentin, Perito Moreno, lui donna le nom du marin de la flotte - Fitz Roy - qui avait conduit Darwin dans la region.
Si vous avez l'ame d'un pionnier contemporain et vous voulez tenter votre chance en Patagonie, ouvrez donc un magasin de ciret et de bottes en caoutchou a El Chalten, vous etes certain de faire fortune dans le coin (et alternativement dans la region de Chiloe ou il pleut 250 jours par an !)

Bref, vous l'aurez compris au ton un rien sacarstique, je repars un peu frustee de mon sejour a El Chalten. Il faut dire que huit heures de marche sous la pluie m'ont passablement refroidies. Une petite eclaircie le dernier jour m'a toutefois offert la chance de mesurer la beaute et la majeste de la chaine du Fitz Roy par jour de grand beau temps, a tout du moins ... de l'imaginer !